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Cinq ans après ma mort, mon ex-fiancé rampe à mes pieds
Le jour de mes fiançailles avec Thomas, Inès, la fille adoptive de ma famille, a encore tenté de se suicider pour attirer l'attention. C’était la goutte d’eau de trop. J’ai mis le feu à la salle de réception, et je me suis volatilisée. Cinq ans plus tard, ma famille m'a reconnue lors d’une interview à la télévision. Le téléphone a sonné. C'était Maxime, mon grand frère. — Léna ? Tu... tu es vivante ! Je n’ai pas répondu. Alors que j'allais raccrocher, sa voix est devenue glaciale. — L'enterrement de Grand-mère a lieu la semaine prochaine. Viens si tu en as quelque chose à faire. Après l'appel, Arthur, mon mari, est entré dans la pièce avec notre fille dans les bras. — Je m’occupe d’emmener Lila à son camp d’été. Vas-y, mon amour. Ta grand-mère t'aimait plus que tout. J'ai hoché la tête. Cinq ans. Il était temps de rentrer et de leur faire payer jusqu'au dernier centime. --- Cinq ans n’avaient rien changé. Le domaine des Belmont était exactement tel que dans mes souvenirs. — Où est enterrée Grand-mère ? ai-je demandé à Maxime. — Viens d'abord à l'intérieur, s'est-il contenté de répondre. J'ai baissé les yeux et je l’ai suivi. Maxime s’est installé sur le canapé en cuir. Un léger sourire flottait sur ses lèvres quand je suis entrée dans le salon. Il a poussé un verre de citronnade maison vers moi. — Tu as voyagé toute la nuit ? Tu as toujours le mal de l'air, je suppose. Pendant une seconde, j'ai eu un flashback. Je me suis revue des années en arrière, quand il m'avait ramenée de notre petite ville de province vers la capitale. C'était mon tout premier vol, ma première crise de panique. Je le voyais encore, fronçant les sourcils d'inquiétude, me préparant cette même citronnade. Mais plus tard, à cause d’Inès, tout s'était brisé entre nous. Je suis revenue à la réalité et j'ai repoussé le verre. — Merci, mais je n'en veux pas. Je ne prends plus l'avion et je n'aime plus la citronnade. Ces dernières années, j’avais bâti ma propre carrière, enchaînant les vols business aux quatre coins du monde. Le mal de l’air n'était plus qu'un lointain souvenir. Les yeux de Maxime se sont écarquillés sous le choc. Après un long silence, il a juste lâché un faible : — Je vois. L'atmosphère est devenue pesante. J'ai rompu le silence la première. — Si tu n'as pas encore décidé où reposera Grand-mère, Maxime, ne perdons pas notre temps. Voyant que je me levais pour partir, il s'est redressé d'un coup. — Léna, attends... — C’est mon grand frère que j'entends ? Un rire aigu et mielleux a coupé ses mots, venant du côté de la terrasse. C’était Inès. La fausse héritière. ---Inès a couru vers la baie vitrée, nous tournant d'abord le dos. Elle semblait ne pas nous avoir remarqués dans le salon. Une légère brise soulevait sa robe en satin, révélant un ventre légèrement arrondi. Elle était... enceinte ? Je suis restée figée. C’est alors que Théo, mon ex-petit frère, est apparu derrière elle, l'air affolé. — Inès, fais attention ! Tu oublies que tu es enceinte ? — Oh, ça va, Théo, je ne suis pas en sucre, a-t-elle boudé avec une moue gamine. Théo a soupiré, impuissant. En se tournant vers le salon, son regard a croisé le mien. Il s'est pétrifié. Avant qu'il ne puisse dire un mot, Inès m'a aperçue à mon tour. Elle m'a adressé un sourire mielleux. — Léna... Tu es vraiment revenue. Je... je suis tellement heureuse d’apprendre que tu n’es pas morte ! J'ai laissé échapper un rire méprisant. — Tu as l'air en pleine forme. Ces cinq dernières années ont dû être particulièrement confortables pour toi. Les larmes sont instantanément montées aux yeux d’Inès. Elle a attrapé la manche de Maxime. — Maxime, regarde... elle recommence à m'attaquer. Maxime a froncé les sourcils, mais pour une fois, il ne m'a pas crié dessus. Théo, lui, a fait un pas rapide vers moi et m'a attrapée par l'épaule, l'air excité. — Comment tu as survécu pendant tout ce temps, toute seule ? Je me suis dégagée d'un mouvement sec. — Désolée de te décevoir, Théo. Je n'ai pas juste "survécu". Ma vie est absolument géniale. Théo s'est figé, comme si mes mots l'avaient brûlé. Cinq ans plus tôt, à ma fête de fiançailles, il avait brisé son verre de champagne au sol en me hurlant dessus : *"Léna, s'il arrive quoi que ce soit à Inès, je ne te le pardonnerai jamais ! Une femme aussi égoïste et sans cœur que toi ne mérite pas d'être heureuse !"* Et aujourd’hui, il osait jouer les frères protecteurs. Pathétique. Soudain, Inès a gémi en se tenant le ventre, le visage déformé par la douleur. — Théo... j'ai mal au ventre. — Inès ! Paniqué, Théo l'a soulevée dans ses bras pour l'emmener vers le médecin de famille. Maxime s'est approché de moi. — Inès est enceinte. Le bébé est de Thomas, ton ex-fiancé. Après ta fuite, Inès a accepté de l'épouser pour sauver l'alliance entre nos familles. Ne lui en veux pas, elle t'a juste rendu service. Elle avait volé mon fiancé, et il appelait ça "me rendre service". — Bien sûr, ai-je ricané. Mon fiancé de longue date qui épouse ma sœur adoptive dans mon dos. Quelle immense preuve de générosité. Je l'ai fixé, le regard glacé. — À moins que tu ne perdes la mémoire avec l'âge, tu sais parfaitement pourquoi j'ai fui ce mariage. Le visage de Maxime est devenu livide. Le lendemain, je suis allée seule au cimetière pour choisir la concession de Grand-mère. Elle avait passé sa vie à respecter les règles de la haute société, et la seule chose rebelle qu’elle ait jamais faite, c’était de m’aider à m'enfuir il y a cinq ans. À l’époque, Inès avait encore fait une scène en menaçant de se jeter du balcon de la salle de réception. Mais ce jour-là, j’avais refusé d'annuler la cérémonie. J'avais simplement appelé une ambulance et exigé que la fête continue. Théo, ce frère que j’avais protégé toute mon enfance, m'avait regardée comme si j'étais un monstre : *"Pourquoi tu la pousses à bout ? Tu as déjà l'homme qu'elle aime, tu veux quoi de plus ?"* Maxime, lui, m'avait jugée d'un air dégoûté : *"Léna, tu es cruelle. Tu penses vraiment à ton mariage alors qu'elle est entre la vie et la mort ?"* Quant à Thomas, mon fiancé... il n’avait rien dit. Il avait juste pris Inès dans ses bras pour l’accompagner à l’hôpital, sans m'accorder un seul regard. Tous les invités me fixaient avec pitié et mépris. La rage et la douleur accumulées pendant des années avaient explosé en moi. J'avais attrapé un couteau de service sur le buffet, prête à commettre l'irréparable. Mais Grand-mère m’avait arrêtée. — Pathétique, m'avait-elle soufflé. Est-ce qu'un homme lâche, incapable de choisir entre deux femmes, vaut la peine que tu gâches ta vie en prison ? Elle m'avait glissé une carte bancaire dans la main. — Pars. Et ne reviens jamais. Grâce aux 300 000 euros sur ce compte, j'ai pu refaire ma vie à l'étranger. J'ai monté mon entreprise. J'ai fondé ma propre famille. En sortant du cimetière, une Bentley noire s'est garée devant moi. Thomas en est sorti. ---— Léna ! Thomas a bloqué mon chemin. — Tu es vraiment de retour ! Je t'ai cherchée partout pendant toutes ces années. Je l'ai contourné sans un mot. Il m'a emboîté le pas. — Tu ne te souviens pas de nous ? On s'est aimés pendant plus de dix ans ! Je me suis arrêtée net, incapable de retenir un rire amer. — Thomas, tu as oublié que tu couchais avec Inès derrière mon dos ? Pourtant, nous avions grandi ensemble. Nous étions les petits fiancés du quartier, partageant nos écharpes en hiver et nos glaces en été. Je me souvenais encore de cette nuit de mes dix-sept ans, sous un ciel étoilé. Ses yeux brillaient quand il m'avait dit : — Dès que je serai à la fac, je travaillerai jour et nuit pour t'acheter une immense maison. — Promis ! Et je veux un grand balcon pour y faire pousser des fleurs, avais-je répondu en riant. Pour économiser pour nos études, j’avais cumulé des petits boulots dans des restos miteux. Mes mains étaient abîmées par la plonge, mais j’étais pleine d’espoir. Puis, juste avant les examens, la vraie famille de Thomas l’avait retrouvé. Il était l’héritier légitime des Leroy, une des plus grosses fortunes du pays. Le jour de son départ, il pleurait en me serrant la main : *"Léna, attends-moi."* J'ai attendu. J'ai reçu ma lettre d'admission à la fac, mais lui n'est jamais revenu. Quand nous nous sommes revus, c’était lors d’un gala de charité. J'étais devenue, moi aussi, la fille biologique retrouvée des Belmont. Et lui... était le nouveau petit ami d'Inès. Aujourd'hui, Thomas me fixait avec un regard brûlant de regret. — Épouser Inès était un mariage forcé ! Je venais de récupérer mon statut, j’avais besoin de cette alliance pour sécuriser mon héritage. Mais toi, tu es partie sans me laisser le choix... Mensonges. Tout chez lui n'était que calcul. Il n'était plus le garçon innocent de mon adolescence. Voyant mon silence, il a insisté, tendant la main vers moi : — Léna, tu m'as manqué. Tu es revenue seule... C'est parce que tu attendais que je divorce pour te marier, n'est-ce pas ? Ma main est partie toute seule. Une gifle monumentale a claqué sur sa joue. — Thomas, ne sois pas pathétique. Ta femme est enceinte. Il a reculé de deux pas, la main sur sa joue rouge, sans dire un mot. Alors que je me tournais pour partir, Théo a surgi de nulle part pour me barrer la route. — Léna, reste tranquille, il est marié ! — Ne t'en fais pas, ai-je répondu froidement. Les hommes infidèles me dégoûtent. Inès aime ramasser mes restes, pas moi. Le visage de Théo a viré au rouge vif. Il a bégayé : — Peu importe... Tu as toujours une famille ici. Nous sommes là. — Une famille ? ai-je éclaté de rire. Théo, dans cette ville, à part Grand-mère, je n'ai jamais eu de famille. Je me suis dirigée vers l'avenue pour appeler un Uber. Théo me collait aux baskets. — Tu loges où ? Je t'accompagne ! — Si tu fais un pas de plus, j'appelle la police, ai-je prévenu d'un ton sec. Le soir même, Arthur m’a appelée en Facetime depuis notre appartement à New York. — Mon amour, comment ça se passe là-bas ? Lila et moi, on s'ennuie sans toi. En voyant les visages souriants de mon mari et de ma fille, tout mon stress s'est envolé. — Vous me manquez aussi. Je rentre très bientôt. Après avoir discuté avec Lila, Arthur a repris le téléphone, son visage devenant plus sérieux. — Fais attention à Inès. Elle ne va pas supporter ton retour. — Je sais. Inès était un serpent. Mais j'avais préparé quelques surprises de mon côté, et j'allais les lui servir une par une. ---Le jour des funérailles de Grand-mère, j'ai décidé de partir avant la fin de la réception. Alors que je me dirigeais vers la sortie, j'ai vu Inès, accrochée au bras de Thomas, accompagnée de Maxime et Théo. Maxime a marché vers moi pour me couper la route. — Tu vas où ? — Je pars, ai-je répondu platement. — Tu pars ? Tu ne rentres pas avec nous à la maison ? — Quelle maison ? Je n'ai pas de maison ici. — Léna ! s'est emporté Maxime, soudain hors de lui. Tu préfères traîner dans des hôtels plutôt que de revenir chez toi ? Tu veux vraiment couper les ponts avec nous pour toujours ? Avant que je ne réponde, Inès s'est immiscée dans la conversation. — Léna, tu vas bouder combien de temps ? Tu dois vraiment détruire notre famille pour te sentir exister ? Papa et Maman n'auraient jamais voulu... *Baff !* Ma main a rencontré sa joue avant même qu'elle ne finisse sa phrase. — Je m'étais juré de ne pas me rabaisser à te toucher, mais tu n'as pas le droit de prononcer le nom de mes parents. Les hommes autour ont sursauté, mais aucun n'a osé bouger. Inès a fondu en larmes, jouant la victime. — Qu'est-ce que j'ai dit de mal ? — Ah bon ? ai-je dit avec un sourire glacial. Puisque tu parles de ma famille, j'aimerais savoir : quand prévois-tu de me restituer mes 10 % d'actions de l'entreprise familiale que mes parents m'avaient laissées ? Un silence de mort s'est installé. Inès s'est décomposée, ses larmes se figeant sur ses joues. Le visage de Maxime est devenu blême. Cinq ans auparavant, Maxime m'avait forcée à transférer mes parts à Inès sous prétexte qu'elle était "fragile" et qu'elle en avait plus besoin que moi. — Pourquoi je te les rendrais ? Jamais de la vie ! a hurlé Inès, perdant instantanément son masque de douceur. — C'est bon, Inès. Signe le transfert, a soudain ordonné Maxime. — Quoi ?! Non ! a-t-elle crié. Mais Théo est intervenu à son tour, la voix basse : — Ces actions appartenaient à Léna. Rends-les-lui, Inès. Inès n'en croyait pas ses oreilles. Ses deux frères adorés, qui prenaient toujours sa défense, venaient de la lâcher. Moi-même, j'étais surprise. Qu'est-ce qui leur prenait ? Peu importe, cela m'arrangeait. Inès a ricané, comprenant qu'elle n'avait plus le choix. — D'accord, Léna. C’était ça ton plan ? Disparaître pour nous faire culpabiliser, puis revenir réclamer ton dû ? Prends-les, tes foutues actions. Je n'en ai pas besoin. Sans perdre un instant, j'ai sorti un contrat de transfert de mon sac Chanel. — Parfait. Signe là.