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Mon fiancé m'a remplacée, je l'ai jeté aux ordures
Avant le mariage, je suis allée chercher nos photos de couple. Mais la mariée sur les clichés, ce n’était pas moi. C’était Océane, l’amie d’enfance de Maxime. Pendant que je restais là, complètement pétrifiée, l’employée du studio a sorti une autre pile de photos en s'excusant : — Je suis tellement désolée, mademoiselle. Voici vos photos à vous. J'ai fixé bêtement le même marié, deux mariées différentes, deux albums de mariage. En un éclair, j'ai sorti mon téléphone, j'ai pris en photo l'album de Maxime et d’Océane, et je l'ai posté sur Insta. Avec cette légende : « Un couple fait l’un pour l’autre, vraiment. » Maxime m'a appelée immédiatement. — Léna, t’es sérieuse ? Océane voulait juste réaliser un rêve en posant en robe de mariée avec moi. Tu dois vraiment être aussi gamine ? J'ai répondu calmement : — On rompt. J'annule le mariage. Plus tard, Maxime m'a suppliée de refaire une séance photo, mais je l'ai repoussé : — Désolée, je n'aime pas poser. Et surtout, je ne t'aime plus. En sortant du studio, j'ai jeté mes photos de mariage dans la première poubelle venue. Ces photos dont je rêvais depuis dix ans n’étaient plus qu'un tas de déchets. Avec elles, j'ai jeté dix ans de sentiments. Quand je suis rentrée, Maxime était déjà assis sur le canapé, l'air furieux. Je l'ai ignoré et je me suis dirigée directement vers la chambre. Maxime m'a attrapé le bras. — Léna, c’est quoi ton problème à la fin ? C’est juste un détail, pourquoi tu en fais tout un plat et tu me fais la gueule ? Il avait fait des photos de mariage avec une autre femme, et il osait me demander où était *mon* problème. C’est vrai. Je l’avais trop gâté ces dernières années. Ma patience infinie lui faisait croire qu’il pouvait me piétiner sans que j'aie le droit de l’ouvrir. J'ai baisé les yeux et j'ai dit froidement : — Aucun problème. C'est juste que tout ça n'a plus aucun sens pour moi. La voix de Maxime a grimpé d’un ton, son impatience débordant de partout. — Je t'ai déjà expliqué ! Océane voulait juste réaliser son rêve. Tu sais qu'elle a une maladie cardiaque et qu'elle ne pourra jamais se marier. Je suis le seul en qui elle a confiance ! Je l’ai regardé, choquée. — Maxime, c’est fini entre nous. Une lueur de panique a traversé son regard, mais il s’est vite repris. — Léna, me fais pas ce coup-là. Tu sais très bien que les menaces, ça ne marche pas avec moi. — Va t'excuser auprès d'Océane tout de suite. J'oublierai ça, et le mariage aura lieu comme prévu. En dix ans de relation, c'était la première fois que je le trouvais vraiment répugnant. Avant, j'aurais fait une scène à cause d'Océane, mais là, ça me semblait tellement inutile. Je l'ai ignoré, je suis entrée dans la chambre, j'ai sorti les faire-part de mariage, je les ai déchirés en mille morceaux et je les ai jetés au sol. Les confettis rouges sont tombés comme de la neige. — Maxime, je ne t'épouserai pas. Maxime a ricané. — Léna, c'est toi qui le dis. T'as intérêt à ne pas le regretter. *Clac !* Maxime a claqué la porte et est parti. Je ne sais pas quand il était devenu comme ça. Dès que je remettais en question son comportement, j'avais droit à des reproches ou à un silence glacial. Peut-être qu'il avait toujours été ainsi, et que mon amour m’avait aveuglée. Maxime détestait les photos. On en avait presque pas de nous deux. J'avais dû le supplier pendant des mois pour qu’il accepte cette séance de couple pour le mariage. Selon lui, c'était inutile, ça ne servait qu'à prendre la poussière. Je n'étais pas d'accord. Je pensais que même vieux, regarder ces photos nous rappellerait de beaux souvenirs. J'avais visité plein de studios avant de trouver le style parfait. Pendant le shooting, Maxime n'a pas fait le moindre effort. Il râlait parce que les vêtements étaient inconfortables ou que les poses étaient fatigantes. La séance de deux jours s'était transformée en une seule journée bâclée. Mais qui aurait cru qu’il irait faire un shooting complet, tout sourire, avec Océane ? Soudain, je me suis sentie incroyablement fatiguée. Épuisée. Je l'avais aimé pendant dix ans, supporté pendant dix ans. Maintenant, je voulais juste arrêter de souffrir.J'ai sorti mon téléphone et j'ai vu le post Insta d'Océane. « S'il vous plaît, ne vous méprenez pas. Maxime a juste eu pitié de ma santé fragile, c'est pour ça qu'on a fait ces photos. Nous sommes juste de très bons amis, vraiment. » Son hypocrisie dégoulinait de chaque mot. Très visite, plusieurs de nos amis communs m'ont envoyé des messages sur Snap. « Léna, tu devrais pas en vouloir à Océane. Maxime s'occupe juste d'elle. Tout le monde sait qu'il n'a d'yeux que pour toi. » « Il n'y a absolument rien entre eux. Ils ont grandi ensemble, te fais pas des films. » « Maxime a juste de la peine pour elle. C'est toi qu'il aime. Ne t'en prends pas à Océane. » J'ai eu un rire amer en lisant tout ça. Ça prouvait à quel point elle les manipulait tous. Elle me faisait passer pour la fille jalouse et toxique qui ne pouvait pas la supporter. Mais peu importe. Je ne voulais plus de Maxime, alors l'avis de ses potes... J'ai bloqué tout le monde, un par un. Ensuite, j'ai appelé l'organisateur du mariage. La personne au bout du fil était super enthousiaste : — Bonjour mademoiselle Léna ! Le planning du mariage a été modifié selon vos demandes. Quand voulez-vous passer pour finaliser ? J'ai répondu d'une voix plate : — Ce n'est plus la peine. Le mariage est annulé. Désolée pour le dérangement, vous pouvez garder l'acompte. Du début à la fin, Maxime ne s'était jamais intéressé à ce mariage. Chaque fois que je lui demandais son avis, il disait que c'était une mascarade inutile. Pour Océane, c'était « réaliser un rêve ». Pour moi, c'était « une mascarade inutile ». Quel hypocrite. En raccrochant, j'ai poussé un grand soupir. Finalement, tourner la page n'était pas si difficile. Épouser Maxime et fonder une famille avait toujours été mon rêve. Ma famille n'était pas riche. À la fac, je bossais à la cafétéria du campus pour payer mes études. Maxime venait souvent à mon comptoir. Il disait que j'étais toujours généreuse sur les portions. Je lui souriais et je lui glissais toujours une double ration de frites ou du rab de dessert. Plus tard, il m'a dit de démissionner, disant qu'il travaillerait à mi-temps pour subvenir à mes besoins. J'avais ri, le traitant d'idiot, en lui demandant pourquoi je quitterais un si bon job. On s'était promis qu'à chaque salaire, on s'offrirait un bon resto. Et on économisait le reste. Chaque fois qu'on mettait de côté, Maxime me serrait fort dans ses bras. « Léna, je me rapproche encore un peu plus de notre mariage. » Ces jours-là, même si on était fauchés, étaient remplis de douceur et d'espoir. Aujourd'hui, on avait l'argent, mais on ne pouvait plus se voir en peinture. Maxime m'a envoyé un message sur Snap : « Dîner avec les potes ce soir. Prépare-toi, je passe te prendre. » « Océane veut t'expliquer les choses elle-même. » Expliquer quoi ? Rassembler sa bande de potes pour qu'ils prennent sa défense et me fassent encore la morale ? Je n'étais pas si désespérée. « Je ne peux pas, je suis occupée », j'ai répondu directement. Je ne mentais pas. J'étais vraiment occupée à faire mes cartons. Cet appartement appartenait à Maxime, c'était son bien propre. Puisqu'on rompait, il fallait que je parte. On vivait ensemble depuis trop longtemps, j'avais accumulé trop d'affaires. Je devais aller acheter de grands cartons. À peine sortie de l'immeuble, je suis tombée sur lui. — Tu vas où ? m'a demandé Maxime en m'attrapant par le bras. — Acheter des trucs. J'ai essayé de me dégager pour presser le pas. Mais il m'a tirée de force dans sa voiture. — Arrête ton cinéma. Tous nos amis sont là ce soir, il ne manque plus que toi. Le trajet s'est fait dans un silence de mort. Je manipulais mon téléphone quand j'ai remarqué que le tapis de sol côté passager avait été remplacé par un modèle de dessin animé. Sailor Moon, carrément. Maxime a vu que je fixais le sol et a dit, un peu embarrassé : — Océane trouvait ma voiture trop triste, alors elle s'est permis de changer les tapis. J'ai jeté un œil côté conducteur ; il avait les mêmes tapis ridicules. Depuis qu’il avait acheté cette bagnole, il n'avait jamais laissé personne y toucher. Une fois, j'avais acheté de petites décorations mignonnes pour le tableau de bord, et il les avait jetées direct. « Mettre ces conneries dans une belle voiture, ça fait vraiment cheap. » Après ça, je n'avais plus jamais rien acheté. En fait, ce n'étaient pas les décos qui faisaient cheap. C'était moi. En réalisant cela, j'ai presque eu envie de rire. — Ah, c’est sympa. Maxime a ouvert la bouche, comme pour dire quelque chose, puis s'est ravisé. Il a juste écrasé l'accélérateur. Je savais qu'il était en colère. Il pensait que je faisais encore une crise de jalousie. Avant, je me serais disputée avec lui, mais ça finissait toujours par mon propre renoncement. Alors, pourquoi me gâcher la vie ? Quand on est arrivés au resto, avant même que je sorte de la voiture, Océane a accouru comme un papillon. Une petite médaille en argent scintillait à son cou sous les projecteurs. — Léna ! Tu es là ! Elle m’a pris le bras de façon hyper affectueuse. N’importe qui aurait cru qu’on était meilleures amies. À peine installée autour de la table, Océane a commencé à faire l'hôtesse : — Allez-y, commandez ce que vous voulez ! C'est Maxime qui régale ce soir, ne soyez pas timides ! Son ton m'a donné envie de vomir. Océane a levé son verre vers moi pour s'excuser : — Léna, Maxime et moi n'avions aucune mauvaise intention avec ces photos. Je voulais juste savoir ce que ça faisait de porter une robe de mariée... Tu sais bien que je ne pourrai jamais me marier à cause de mon cœur. Ses yeux se sont remplis de larmes et elle s'est mise à pleurer à chaudes larmes, l'air totalement pitoyable. Les autres ont tout de suite enchaîné : — Grave, Océane est encore une enfant dans sa tête. Léna, ne lui en veux pas. — Elle est tellement gentille. Allez Léna, bois un coup avec elle et on oublie tout. Tout le monde me fixait, comme si refuser ses excuses était un crime digne de la prison. J'ai regardé Maxime. Il avait les bras croisés, la tête haute, l'air supérieur et sûr de lui. Il me faisait comprendre que je devais boire ce verre, de gré ou de force. Les désirs d'Océane étaient des ordres. Il était persuadé que je n'oserais pas lui foutre la honte en public. J'ai souri légèrement et j'ai pris le verre des mains d'Océane.— Ma chère Océane, puisque tu as déjà fait les photos, pourquoi tu ne me remplacerais pas aussi au mariage ? — Tant qu'à faire l'expérience, autant aller jusqu'au bout. Juste des photos, c'est un peu frustrant, non ? Le visage d'Océane est devenu rouge de colère. Elle bégayait, incapable de sortir une phrase correcte. Maxime s'est levé d'un coup pour s'interposer : — Léna, si t’as un problème, prends-t'en à moi ! Ne t'en prends pas à une gamine comme Océane ! — Elle n'est pas aussi vicieuse que toi, ni aussi égoïste ! Dix ans de relation, et pour lui, je n'étais plus qu'une fille vicieuse et égoïste. Même si j'avais déjà décidé de le quitter, ses mots m'ont transpercé le cœur comme des aiguilles. Ma main s'est mise à trembler. J'ai pris une grande inspiration pour me calmer. Je me suis tournée vers Maxime. — Tu te prends pour un saint ? T'as quel âge pour encore jouer au grand frère protecteur avec ta "petite sœur" ? Ça ne te dégoûte pas un peu, ce petit jeu malsain ? J'ai balancé tout le contenu de mon verre de vin sur la tête de Maxime. — Tu me trouves égoïste ? Eh bien, aujourd'hui, je vais te montrer ce que c'est vraiment ! Maxime a essuyé son visage, les yeux écarquillés d'incompréhension. J'ai attrapé Océane par le cou et j'ai arraché sa médaille d'argent. — Si je ne me trompe pas, cette médaille m'appartenait. C'est moi qui l'ai achetée pour toi. Tu as failli mourir dans cet accident de voiture il y a des années, et j'ai passé des jours à prier dans cette chapelle en Bretagne pour te l'offrir comme talisman. — Et toi, tu m'as dit que tu l'avais perdue. Alors qu'en fait, tu l'avais donnée à Océane. — C'est comme ça que tu piétines ma sincérité ? ai-je hurlé. Toute la colère accumulée ces derniers jours a explosé d'un coup. Ma poitrine se soulevait rapidement. Autour de la table, plus personne n'osait dire un mot. Le visage de Maxime, d’abord furieux, s’est décomposé. Il a bafouillé : — Léna, c’est pas ce que tu crois... Océane a fait une crise cardiaque, elle était en réanimation. J'avais peur qu'elle ne s'en sorte pas, alors je lui ai donnée... — Assez ! l'ai-je coupé. Les souvenirs douloureux me revenaient en rafale. Depuis le retour d'Océane, notre couple battait de l'aile. Ses problèmes passaient toujours avant les miens. Le jour de mon anniversaire, un simple appel d'elle avait suffi pour que Maxime m'abandonne au resto. Pendant nos vacances, elle a dit qu'elle avait mal au cœur, et il a pris le premier vol pour rentrer auprès d'elle, me laissant seule. Même quand ma mère est décédée, Maxime est resté à l'hôpital avec Océane. J'étais anéantie par le deuil, mais il avait juste balayé mes larmes d'un de ses revers de main : « Ta mère est déjà partie, ma présence n'y changera rien. Mais Océane n'a que moi. » On en était arrivés là parce que la goutte d'eau avait fait déborder le vase. J'ai regardé la médaille dans ma main, puis, d'un geste sec, je l'ai fracassée au sol. Maxime a tenté de la rattraper, mais trop tard. Le métal s'est déformé et la pierre s'est brisée, tout comme notre relation à cet instant précis. J'ai relevé la tête, essuyé mes larmes et affiché un sourire radieux. — Tout le monde, le mariage est annulé. À partir d'aujourd'hui, Maxime et moi, c’est de l'histoire ancienne. Chacun sa route. Quelqu'un a essayé de s'interposer pour calmer le jeu. Je l'ai fusillé du regard. — Si quelqu'un d'autre prend la défense de Maxime ou d'Océane, qu'il m'oublie aussi. On ne se connaît plus. En voyant leurs messages sur Snap et ce dîner-traquenard pour soutenir Océane, j'avais compris que ces gens n'avaient jamais été mes amis. C'étaient les amis de Maxime, les amis d'Océane. Pas les miens. Sous les yeux choqués de l'assemblée, j'ai pris mon sac et je suis sortie. Ce dîner était un piège. Je n'avais rien avalé, mais j'avais la nausée. Maxime m'a rattrapée dehors. — Léna, tu romps vraiment avec moi ? Ce mec pensait encore que je jouais la comédie ? Je l'ai regardé comme un imbécile. — Bah oui. Tu voulais que je laisse ta petite protégée tester le rôle de la mariée le jour J aussi ? Maxime s'est tendu, puis, réalisant que je ne plaisantais pas, il m'a serrée dans ses bras. — Je suis désolé, Léna. J'ai déconné cette fois, je t'ai fait du mal. — Je te promets que ça n'arrivera plus. Sa chaleur corporelle m'a enveloppée. C'était si familier. Avant, j'adorais quand il me serrait contre lui, je me sentais en sécurité. Mais ça faisait si longtemps qu'il ne l'avait pas fait que son odeur me paraissait presque étrangère. Chaque fois que je voulais un câlin, il disait qu'il était trop fatigué ou trop occupé. Aujourd'hui, son étreinte m'étouffait. Je me suis débattue pour me libérer. — Maxime, arrête. Ça ne sert à rien de s'accrocher. — Je te rends ta liberté. Rends-moi la mienne. Maxime est resté figé, stupéfait. Il ne s'attendait pas à ce que je sois aussi catégorique. Il a voulu me rattraper, mais Océane, qui venait de sortir en courant, l'a appelé en pleurant : — Maxime, j'ai trop mal au cœur ! Je n'arrive plus à respirer ! Maxime s'est retourné vers elle, une panique évidente dans les yeux. Voulant me débarrasser de lui, je l'ai poussé : — Va t'occuper d'elle ! Une crise cardiaque, c'est mortel ! Comme s'il attendait mon feu vert, il a couru vers elle. Il a quand même pris le temps de me crier : — Léna, je rentre à l'appartement dès que je l'ai installée ! Je suis partie rapidement pour retourner à l'appartement — enfin, celui de Maxime. Après avoir acheté de grands cartons, j'ai commencé à emballer mes affaires. Dix ans de relation, cinq ans de vie commune. L'appartement était rempli de nos souvenirs. On avait prévu de refaire la déco avant le mariage, mais comme Maxime était toujours débordé et détestait qu'on touche à ses affaires, on avait repoussé le projet. Tant mieux, ça m'évitait d'avoir à trier trop de choses. Une fois mes cartons faits, l'endroit serait vide. J'ai ouvert le placard ; le costume et la cravate que j'avais achetés pour Maxime pour le mariage étaient encore sous plastique. Après une seconde de réflexion, je les ai jetés dans un sac poubelle. Puisqu'il ne les avait pas portés, c'était mon argent après tout. Sur le bureau du salon, il y avait la seule photo de nous deux. Maxime détestait poser ; j'avais dû négocier pendant des jours pour obtenir ce cliché. En regardant son expression figée et forcée sur la photo, j'ai trouvé ça d'une laideur sans nom. Je l'ai balancée à la poubelle. Il y avait aussi la vaisselle originale que j'avais achetée et qu'il n'avait jamais voulu utiliser. Et les peluches du salon qu'il détestait parce qu'elles perdaient leurs poils, entassées dans un coin. Tout à la poubelle. Entre le tri et les cartons, le grand appartement s'est vidé en un rien de temps. Il ne restait plus aucune trace de mon passage. J'ai appelé un camion de déménagement. En franchissant le seuil, j'ai senti un énorme poids s'envoler de ma poitrine. Le vent du soir a caressé mon visage, et j'ai enfin pu respirer à pleins poumons. — Chauffeur, direction la résidence des Sources, s'il vous plaît. Quand on est arrivés, Hugo, mon ancien camarade de fac plus jeune que moi, m'attendait déjà en bas. — Hugo, je suis vraiment désolée de te déranger si tard. J'étais pressée par le temps, je partirai dès que j'aurai trouvé un appart. Hugo a rougi un peu. — C'est un plaisir de t'aider, Léna. — Tu peux rester ici aussi longtemps que tu veux. Ma famille possède plusieurs appartements vides dans le coin, ce serait bête de ne pas en profiter. En quelques minutes, Hugo m'a aidée à monter toutes mes affaires. Quand je l'avais appelé à l'aide, il n'avait posé aucune question indiscrète. Il m'avait juste dit de ne pas m'inquiéter. Je lui étais tellement reconnaissante de préserver ma dignité à ce moment-là. — Hugo, merci infiniment. Hugo s'est gratté la tête, un peu intimidé. — Si tu veux me remercier, tu n'auras qu'à me préparer un bon petit plat. Tu cuisines tellement bien, Léna. — Marché conclu, ai-je accepté avec plaisir. Toutes ces années, pour prendre soin de Maxime, j'avais perfectionné mes talents de cuisinière. Il était super difficile et avait l'estomac fragile. Pour lui faire plaisir, j'avais même pris des cours avec des chefs étoilés. Aujourd'hui, je trouvais ça ridicule. Il ne rentrait manger que de rares fois par mois, et la plupart de mes plats finissaient à la poubelle. Tous mes efforts n'étaient que de l'auto-persuasion.Le téléphone a sonné. C'était Maxime. J'ai rejeté l'appel, mais ça a rappelé direct. Pour la première fois, ses appels me tapaient sur le système. Je m'apprêtais à éteindre mon téléphone quand j'ai appuyé sur "décrocher" par erreur. — Léna, t'es où ? Me fais pas peur. Donne-moi ton adresse, je viens te chercher. La panique dans sa voix était évidente. Hugo, qui m'aidait à ranger mes affaires, s'est arrêté en entendant sa voix. — Si tu t'ennuies, va te trouver un passe-temps, fais du jardinage ou inscris-toi dans un club de lecture, mais arrête de me fliquer. J'ai ma propre vie à mener. Maxime est resté silencieux. Le soir de la Saint-Valentin cette année-là, Maxime m'avait dit qu'il devait faire des heures sup'. J'étais clouée au lit avec une grosse fièvre, incapable de me lever, et je l'avais appelé pour qu'il m'apporte des médocs. Mais j'avais vu le post Insta d'Océane : « Super soirée, merci à mon grand frère Maxime de m'avoir emmenée voir les illuminations. » Au bout du fil, la respiration de Maxime est devenue lourde. Après quelques secondes, il a murmuré : — Je suis désolé, Léna. J'ai ricané. — C'est trop tard. Maxime, c'est fini. Ne m'appelle plus jamais. J'ai raccroché et je l'ai bloqué. En me voyant poser le téléphone, Hugo s'est approché doucement. — Léna, tu es sérieuse cette fois ? J'ai levé les yeux vers lui. — Quand est-ce que je ne l'ai pas été ? Hugo a souri. — Quitter la mauvaise personne, c'est un grand pas en avant. Félicitations, Léna, tu commences une nouvelle vie. Toutes ces années, j'étais tellement focalisée sur Maxime que je m'étais éloignée de mes anciens amis. C'était un miracle qu'Hugo se souvienne encore de notre amitié sur le campus. — Viens déjeuner demain midi, on va fêter ça dignement. Hugo a souri comme un gosse. — Carrément ! J'ai hâte ! Le lendemain, j'ai passé toute la matinée en cuisine pour préparer un festin. Je n'avais pas mangé grand-chose ces derniers jours, mon estomac criait famine. Hugo est arrivé avec une bonne bouteille de vin rouge. Une fois assis, il a regardé la table d'un air perplexe. — Léna, tu es au régime sans sel ou quoi ? J'ai jeté un œil aux plats. Effectivement, tout était très léger et peu épicé. Pendant des années, pour ménager l'estomac fragile de Maxime, j'avais banni les plats épicés ou trop riches. C'était devenu un automatisme en cuisine. J'ai ri jaune. — C’est l’habitude. La prochaine fois, je te ferai des trucs avec un peu plus de caractère. Hugo a légèrement froncé les sourcils. — Tu cuisinais souvent à la maison, Léna ? J'ai hoché la tête. — Alors laisse tomber pour ce midi. Ce soir, c'est moi qui t'emmène dans un vrai bon resto. Son ton ne souffrait aucune discussion. Ce petit jeune commençait à avoir des airs de jeune cadre dynamique très sûr de lui. Le soir venu, Hugo m'a emmenée dans un restaurant gastronomique très discret. — Léna, cet endroit est super sélect. Très peu de gens connaissent et c'est difficile d'avoir une table. — La cuisine y est divine. Fais-toi plaisir et détends-toi. J'avais bien besoin de relâcher la pression après ces derniers jours de stress. Quand les assiettes colorées et parfumées sont arrivées, je ne me suis pas fait prier et j'ai commencé à manger de bon cœur. En me voyant savourer mon repas, Hugo a souri. — Commande ce que tu veux. Ce soir, tu devez juste te régaler et retrouver le sourire. Une soupe sichuanaise épicée et acidulée était particulièrement délicieuse. J'ai voulu me resservir. Mais ma cuillère a glissé et est tombée dans le bol, éclaboussant mon visage et mon haut. Hugo s'est précipité avec des serviettes pour m'essuyer le visage. Juste au moment où j'allais les prendre, j'ai entendu une voix féminine bien familière.